Agressions sexuelles

Qu’est-ce qu’une agression sexuelle ? 

Toute forme de contact sexuel indésirable constitue une agression sexuelle. Cela peut aller d’un contact ou d’un baiser non souhaité au viol. La loi distingue deux formes d’agression sexuelle: le viol et l’attentat à la pudeur.

On parle de ‘viol’ lors de toute pénétration sexuelle sans consentement de la victime, que ce soit avec le pénis, la langue, les doigts ou un objet. Il peut également être question de viol au sein d’une relation ou d’un mariage.

Lorsqu’une personne est forcée à réaliser des actes sexuels autres qu’une pénétration, on parle « d’attentat à la pudeur ». Les remarques à caractère sexuel ne tombent, par contre, pas dans cette catégorie.

Toutes les formes d’agression sexuelle sont graves et punissables. Bien que les victimes soient souvent confrontées à des sentiments de culpabilité, il est important de savoir que la responsabilité incombe toujours à l’auteur des faits. La soi-disante ‘provocation’ est un mythe. Même si vous étiez sous influence, même si vous ne vous êtes pas défendu-e ou que vous n’avez rien dit, même si vous avez flirté, et quelle que soit votre tenue vestimentaire, tant que vous ne donnez pas explicitement l’autorisation, il s’agit d’un viol. Personne ne ‘mérite’ d’être violenté sexuellement. Personne ne le souhaite non plus.

Qu’entend-on par autorisation ?

Si vous avez été victime d’abus sexuels, cela signifie que votre absence d’autorisation n’a pas été respectée. La différence entre un contact sexuel voulu et non voulu se situe précisément au niveau de cette autorisation. Souvent, les victimes ne parviennent cependant pas à dire “non” à voix haute, par peur de subir des violences ou une pression morale. Parfois, c’est le corps lui-même qui dit non, en se taisant ou en se paralysant. En dessous de 16 ans, vous ne pouvez pas consentir à avoir des contacts sexuels; ceux-ci sont punissables, que vous le vouliez ou non.

Que faire lorsque l’on est victime d’agression sexuelle ?

Etape 1 : Veillez à ce que vous soyez en sécurité

Si vous venez d’être victime d’une agression sexuelle, la première démarche à faire est d’aller à un endroit où vous êtes en sécurité: chez un ami, un proche, à la maison, la police locale, un hôpital…

Etape 2 : Parlez-en

Il n’est pas évident de parler d’agressions. Certaines victimes n’en sont pas capables ou n’osent pas. Elles ont peur de l’agresseur, craignent qu’on ne les croie pas ou sont confrontées à d’importants sentiments de culpabilité ou de honte. Cela peut prendre des années pour qu’une victime révèle une agression subie. Toutefois, il est primordial de se confier à quelqu’un et d’en parler immédiatement. En parlant avec votre meilleur-e ami-e ou un membre de votre famille, vous faites déjà un immense pas en avant.


La première chose que l’on se dit est : « Personne ne doit jamais le savoir ». En tant que victime, vous éprouvez des réactions émotionnelles et physiques intenses juste après un viol ou une agression. La plupart du temps, la victime fait de son mieux pour se comporter ‘normalement’ et pour oublier le tout. Il est tout à fait compréhensible qu’en tant que victime, vous ayez peur de revivre cette expérience. Vous préférez chasser de vos pensées toutes les images de ce moment. Sachez cependant que vous taire ne vous aidera pas, cela peut même aggraver la situation : étouffer ces sentiments est contreproductif et vous amène justement à revivre cette expérience encore et encore.


Les victimes perdent souvent prise sur leur vie quotidienne et se sentent désarmées. Elles perdent aussi confiance en elles et envers les autres. Le traumatisme peut ressurgir après plusieurs années, même si le lien avec le viol n’est pas toujours établi. Les conséquences d’une agression sexuelle peuvent être tellement dramatiques qu’il est d’autant plus important d’en parler et/ou de faire une déclaration à la police. La révélation du délit est nécessaire afin de pouvoir aller de l’avant. Cela permet à la victime de mieux comprendre sa réaction au délit ainsi que les conséquences du traumatisme.

Etape 3 : Faire une déclaration

Si vous souhaitez faire une déclaration, il est important de prendre contact avec la police le plus rapidement possible après les faits. Vous pouvez également vous adresser au service des urgences d’un hôpital ou à votre médecin traitant. Ils peuvent faire intervenir la police pour vous, si vous le souhaitez. Même des années après les faits, il peut être judicieux, pour vous ou d’éventuelles autres victimes, de faire une déclaration.

Les services de police disposent de collaborateurs spécifiquement formés qui vous accueilleront de manière adéquate. Si vous préférez être reçu-e par un fonctionnaire de police du même sexe que vous, vous pouvez en faire la demande ; elle sera respectée, dans la mesure du possible. La présence d’une personne de confiance de votre choix peut aussi vous rassurer. Si vous préférez, vous pouvez également demander à un proche, un/e ami/e, ou bien à un membre d’une association de vous accompagner.Les victimes mineures peuvent porter plainte jusqu’à 20 ans à compter de leur majorité (c’est-à-dire jusqu’à leur 38 ans) pour les crimes (viols) et jusqu’à 10 ans à compter de leur majorité pour les délits (agressions sexuelles). Pour les faits antérieurs à cette loi, seules les victimes de crimes qui étaient mineures et pour lesquelles les faits n’étaient pas déjà prescrits, bénéficieront de cet allongement de délai.Quant aux victimes majeures, elles ont 10 ans, à compter de la date des faits, pour porter plainte en cas de viol et 3 ans s’agissant des agressions  sexuelles.

 

La procédure de déposition

En vous rendant à la police, informez l’agent de police que vous souhaitez déposer plainte. Les services de la police disposent de locaux d’accueil spécifiques avec des collaborateurs spécialement formés, pour vous permettre de faire part de votre récit calmement.

L’agent vous posera des questions qui peuvent être quelque peu désagréables, mais qui sont nécessaires afin de rassembler des preuves. Il vous expliquera toujours pourquoi une question est nécessaire. L’officier de police vous informera également sur le suivi du dossier et vous renverra éventuellement vers une assistance spécialisée.

Comme il n’est pas si évident de rentrer seul-e au bureau de police, vous pouvez vous faire accompagner par une personne de confiance de votre choix.

La collecte des preuves et l’examen médical

Bien que vous vouliez vous laver au plus vite et nettoyer vos vêtements, il vaut mieux ne pas le faire. Toute poussière, tout cheveu et toute autre trace de l’agresseur peuvent servir comme pièce à conviction. Évitez de vous brosser les dents et de manger ou boire. Évitez également d’aller aux toilettes ou conservez votre urine dans un petit pot.

Tout ce que vous portiez au moment de l’agression (vêtements et bijoux) peut porter des traces importantes. Conservez-les de préférence non lavés et emballés individuellement dans des sacs en papier, et emportez-les au bureau de police.

Si cela s’avère utile pour la récolte des preuves, l’officier de police vous demandera de faire effectuer un examen médical par un médecin désigné officiellement à cet effet. Pour ce faire, l’officier de police vous conduira, si possible, en vêtements civils et dans une voiture banalisée chez le médecin. L’examen peut se faire chez ce médecin ou dans un hôpital proche. Si vous le souhaitez, votre médecin traitant peut assister à l’examen.

La plupart du temps, l’examen se fait à l’aide d’un Set Agression Sexuelle. Ce set comprend du matériel pour rassembler les preuves de l’agression sexuelle, le plus minutieusement possible, afin de recueillir un maximum de preuves.

L’examen médical est primordial afin de constater et de traiter les conséquences physiques de l’agression sexuelle, et ce, idéalement dans les 72 heures. Après 72 heures, les traces ADN de l’agresseur sont moins utilisables, mais il est de toute façon encore conseillé de vous faire examiner par un médecin.

Même si vous n’êtes pas encore sûr-e de vouloir ou d’oser porter plainte à la police, laissez-vous examiner par votre médecin traitant ou à l’hôpital. Les médecins doivent respecter le secret professionnel et ne peuvent rien dire à l’agresseur ni à d’autres personnes de votre entourage. 

Le procès-verbal de vos dépositions

Après l’entretien de déposition et l’examen médical, l’officier de police procèdera la plupart du temps à un interrogatoire minutieux afin de noter tous les faits. Ce procès-verbal est la suite du premier entretien, et vous pouvez en demander une copie.

 

Et si vous préférez ne pas faire de déclaration ?

90 % des victimes d’agressions sexuelles ne font pas de déclaration. Ceci est très compréhensible, parce qu’il n’est pas facile de parler d’une agression sexuelle, et encore moins de faire une déclaration. En tant que victime, vous avez peur, vous vous sentez coupable, vous avez honte et vous espérez que l’incident disparaîtra de lui-même. Ces sentiments de culpabilité et de honte sont injustes, parce que vous êtes victime et que vous n’avez rien fait de mal.

Une déclaration ne met pas seulement le processus de reconstruction en marche mais elle peut également éviter que l’agresseur fasse d’autres victimes.

Si vous ne tenez pas à faire immédiatement une déclaration, il vous est tout de même recommandé de vous rendre chez un médecin ou à l’hôpital pour effectuer un examen médical de préférence dans les 72 heures après l’agression. Les médecins respectent le secret professionnel, aussi envers la famille, et même envers la police. Le médecin vous examine et établit une attestation médicale. Certains hôpitaux disposent d’outils spécifiques permettant d’effectuer un examen physique complet et de le documenter officiellement. Si plus tard vous envisagez quand même de faire une déclaration, cette attestation médicale ou les documents établis à l’hôpital seront très importants. Même si vous ne faites pas de déclaration, ces attestations peuvent être utiles, par exemple comme preuve d’incapacité de travail, lors d’une demande de dommages-intérêts, ou pour une banque de données ADN… 

Ce n’est pas votre faute…

Lorsque vous êtes victime d’une agression sexuelle, votre monde est chamboulé. Vous êtes blessé-e de la façon la plus intime qui soit. Les sentiments que cette agression sexuelle entraîne diffèrent de victime en victime : l’angoisse, la confusion, la dépression, la honte, la colère, l’humiliation, la paralysie et la culpabilité.

Le sentiment le plus déstabilisant est la culpabilité. Culpabiliser pour ce qui s’est passé et qui n’aurait pas dû se passer, culpabiliser parce que ça vous est arrivé, culpabiliser parce que vous ne vous êtes soi-disant pas assez défendu-e, culpabiliser parce que vous ne vous y attendiez pas, culpabiliser parce que vous n’osez rien dire… Parfois, la victime pense qu’elle a provoqué elle-même l’agression. C’est faux. Provoquer une agression sexuelle? C’est un non sens. Ni votre tenue, ni votre comportement, ni vos paroles justifient que vous ayez été agressée. Vous êtes victime et non le/la coupable.

Dans 50% des viols, il est question de tonic immobility ou de paralysie. Il s’agit d’une réaction naturelle et involontaire du corps lors de situations de stress extrême. Il est logique que vous ne pouviez plus bouger ou parler, que vous étiez paralysé-e par la peur. Ce sont des réactions normales à une situation tout à fait anormale.

Il peut également être question d’érection, d’éjaculation, orgasme ou de lubrification chez la victime. Ceci survient chez 1/5 des victimes de viol. Il s’agit d’une réaction purement physique qui peut engendrer une certaine confusion mais cela ne signifie en aucun cas que vous avez donné l’autorisation, que c’est de votre faute ou que vous avez trouvé cela « agréable ».

Quoi qu’il se soit passé, vous n’êtes jamais en tort. L’agresseur, quant à lui, l’est : c’est bien lui qui a commis le délit, pas vous. Vos actions ou vos décisions n’ont pas causé le délit, d’aucune façon. 

Cherchez de l’aide

Il est logique que vous vouliez oublier au plus vite cette expérience. Toutefois, la meilleure solution reste d’en parler. Racontez ce que vous avez vécu à quelqu’un en qui vous avez confiance : un/e ami/e, vos parents, un/e collègue, un médecin, un professeur, un assistant social, un psychologue,… Parlez-en.

En plus de la famille, des amis et d’autres personnes de confiance, diverses associations vous apporteront également leur aide, sur base anonyme ou non. Des collaborateurs spécialement formés à cet effet vous aideront sans nul doute et vous offriront du soutien pour que vous puissiez reprendre votre vie en main.

La victime pense souvent que « ça ne doit jamais se savoir ». Mais chercher de l’aide est une étape importante, et le plus tôt est le mieux. Cette démarche fait partie du traitement. 95% des victimes présentent des réactions dues au stress: elles sont irritables, revivent le traumatisme, dorment mal, n’osent plus sortir de chez elles,… Les réactions émotionnelles et physiques intenses sont « normales » après avoir vécu des violences sexuelles.

Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer les conséquences du syndrome de stress post-traumatique. Les victimes peuvent avoir des flashbacks et faire des cauchemars des années après les faits, revivre leur agression et/ou éviter certaines choses/situations. Ces réactions peuvent persister longtemps et survenir à n’importe quel moment. Puisqu’elles apparaissent des mois et/ou des années plus tard, la victime ne pas va pas forcément relier ces réactions au viol.
Chercher de l’aide est donc une étape importante ; en se taisant, la victime aggrave son isolement mais également les conséquences du traumatisme.
 

 

 
 

L’association Pierre Ducerf peut vous aider dans vos démarches, il ne faut pas hésiter à nous contacter.

Une permanence spécifique a lieu tous les mercredis matin à Aubervilliers rue Henri Barbusse à la salle de quartier Villette.

Nos médiatrices sont là pour vous écouter.

Vous pouvez nous joindre ou pendre rdv par mail (pierreducerf@gmail.com) ou par téléphone au 01 44 59 37 63.